Abus temporalis : le tribunal supremo redéfinit les règles pour les intérimaires
Des milliers d’intérimaire attendaient des années une réponse claire concernant l’abus de temporalité au sein des administrations publiques. La décision du Tribunal Supremo, rendue cette semaine, ne concède pas la rigidité automatique tant espérée, mais a néanmoins bouleversé la situation de centaines de milliers de travailleurs temporaires. Le Conseil d’État ajuste désormais ses critères.
Un nouveau critère : la sélection préalable obligatoire
La décision limite la qualification de salarié permanent aux personnes ayant précédemment relevé une sélection pour un poste à durée indéterminée, puis ayant ensuite succédé à des contrats temporaires. Toutefois, les agents publics ayant subi un abus de temporalité peuvent désormais contester des indemnités, même sans obtenir une titularisation. Cette démarche vise à compenser non seulement la perte de revenus due à la fin du contrat, mais aussi à réparer la précarité subie par le travailleur.
Cette décision intervient après la sévère position du Tribunal de Justice de l’Union Européenne (TJUE), qui a contesté le système espagnol en ne sanctionnant pas adéquatement l’abus de contrats temporaires dans le secteur public. Le Tribunal Supremo confirme donc l’avenir des intérimaire : qui peut demander une titularisation et qui une indemnisation.

Un équilibre délicat entre protection et mérite
Le Tribunal ajuste désormais ses considérations, cherchant à concilier la protection des intérimaire avec l’accès à l’emploi public, fondé sur des critères d’égalité, de mérite et de capacité. La sentence établit que l’abus de temporalité ne transforme pas automatiquement un intérimaire en salarié permanent. Le Conseil d’État, en le faisant, risquerait de porter atteinte à la Constitution et au Code du Travail public, en ouvrant la voie à une titularisation sans processus sélectif préalable. Cependant, il reconnaît une exception cruciale : les intérimaire ayant réussi une élection ou un processus de sélection pour un poste permanent (même si leur candidature n’a pas abouti en raison du manque de postes vacants) et ayant ensuite continué à travailler avec des contrats temporaires peuvent désormais demander leur titularisation.
Cette nuance est en train de révolutionner les syndicats, les avocats spécialisés en droit du travail et les plateformes d’aide aux victimes. Elle offre, conjointement à cette porte limitée à la titularisation, une nouvelle voie indemnitaire pour ceux qui ont subi un abus de temporalité, même sans remplir les conditions de titularisation. Bonne nouvelle pour les intérimaire : le gouvernement prévoit de titulariser des milliers d’agents publics.

Au moins 125 000 personnes toujours en abus
La sentence concerne notamment les intérimaire travaillant dans les administrations publiques, qui ont succédé à des contrats temporaires pendant de longues périodes, couvrant des besoins structurels. Les profils concernés incluent les employés de santé, d'éducation, d'universités, les maires, les services autonomes et les entreprises publiques. Ils peuvent notamment déposer une contestation s’ils : ont accumulé des contrats temporaires sur de longues périodes ; ont occupé des postes permanents non pourvus de manière définitive ; ont subi des renouvellements répétés pendant des années ou peuvent prouver des préjudices résultant de cette situation de précarité persistante. La clé juridique réside désormais dans la capacité à démontrer l’abus de temporalité par l’administration. Les experts anticipent une vague de litiges dans ce domaine.
Il est important de noter que la possibilité d’indemnisation s’étend également aux intérimaire qui ont été licenciés ou dont le contrat est arrivé à échéance, ainsi qu’à ceux qui se sont rétraits ou qui prévoient de le faire, ou qui ont choisi de ne pas participer au processus de sélection. Selon une étude de CSIF, au moins 125 000 personnes restent toujours en situation d’abus de temporalité. La part de la temporalité, selon l’Institut National de Statistique (INE), est restée bloquée à 30 %, soit environ un million de personnes, loin des 8 % fixés par la loi sur la temporalité. Javier Arauz, avocat, avertit les intérimaire : voici ce qu’ils doivent faire si ils sont dans une situation d’abus de temporalité. Jusqu’à 10 000 euros… ou plus. La référence utilisée par le tribunal fait référence au barème de sanctions de la Ley sobre Infracciones y Sanciones en el Orden Social (LISOS), ce qui ouvre la voie à des compensations de 1 000 à 10 000 euros. Le Tribunal Supremo précise que cette somme constitue une base minimale indicative et que le travailleur peut réclamer des montants supérieurs s’il prouve des dommages plus importants, des préjudices professionnels ou une perte d’opportunités.

Un potentiel d'indemnisation significatif
Les avocats spécialisés en droit du travail et les syndicats prévoient une augmentation massive des contestations, car le Tribunal reconnaît pour la première fois des mécanismes indemnitaires plus précis face à l’abus de temporalité. Le jugement oblige également les administrations à transmettre les jugements constatant un abus de temporalité à l’Inspection du Travail, chargée d’ouvrir des enquêtes pénales.