Foncs alerte : l'ia menace de dévaster l'emploi en espagne
L’explosion de l’intelligence artificielle (IA) en Espagne ne fait pas de bruit, mais des victimes. Le think-tank Funcas vient de livrer un rapport alarmant, tablant sur une destruction massive d’emplois dans les dix prochaines années.

Un scénario sombre : 2,3 millions de postes menacés
Selon les projections, entre 1,7 et 2,3 millions de postes pourraient disparaître, concentrés principalement au sein des services administratifs et techniques de niveau moyen et supérieur. Une réalité pragmatique, loin des discours optimistes sur la création d’emplois liés à la technologie.
Le rapport ‘Intelligence artificielle et marché de travail en Espagne’ révèle une accélération fulgurante de l’adoption de l’IA : le 21,1% des entreprises espagnoles l’utilisent déjà au premier trimestre 2025, contre 12,4% en 2023 – une progression de 8,7 points.
Foncs souligne que cette dynamique est un indicateur clair : le processus de diffusion technologique a franchi un seuil critique et ses conséquences sur l’emploi commencent à se faire sentir. Cette croissance rapide, bien que préoccupante, est en partie due à la configuration spécifique du marché de travail espagnol, caractérisé par une forte proportion de tâches interpersonnelles et physiques.
Bien qu’une différence significative existe entre l’Espagne et d’autres pays de l’OCDE – un risque d’automatisation plus élevé (5,9% contre 26% de moyenne) – cela ne signifie pas une immunité totale. L’Espagne doit anticiper les bouleversements. L'étude met en lumière une causalité inverse : les entreprises les plus productives sont celles qui adoptent le plus rapidement l'IA.
Cependant, le rapport nuance les craintes : la destruction des emplois ne se traduira pas nécessairement par une disparition totale des postes. Il est fort probable que les tâches soient redistribuées vers des systèmes d'IA, entraînant une réduction des effectifs, une diminution du recrutement et une réorganisation des fonctions au sein des postes restants. Une transition, certes, mais une transition qui exige une préparation rigoureuse.
L’avenir du travail en Espagne dépendra de sa capacité à s’adapter. En parallèle de la substitution, deux forces positives pourraient atténuer les effets négatifs : la complémentarité (augmentation de la productivité sans destruction d’emplois) et la création de nouvelles professions – 1,61 million de nouvelles opportunités sont prévues d'ici 2033, bien que leur répartition soit inégale et accessible principalement aux travailleurs qualifiés. La formation continue et la reconversion professionnelle seront des enjeux cruciaux.
Le secteur des technologies de l’information (TIC) est à la pointe de cette transformation, avec un taux d’adoption de 58,7%, suivi par les services (25,7%), l’industrie (17,5%) et la construction (11,4%). Les entreprises utilisant l'IA affichent une productivité moyenne 27% supérieure à celle de leurs concurrents. Il est important de noter que cette performance accrue est souvent le reflet de l'investissement dans la technologie, et non une conséquence directe de celle-ci.
Le ‘machine learning’ est identifié comme la technologie la plus impactante sur la productivité, tandis que les systèmes de reconnaissance vocale et d'image ne révèlent pas d'effets statistiquement significatifs. Malgré une Économie espagnole en plein essor – avec un nombre record de salariés (22,5 millions) et un taux de chômage en baisse – la situation exige une vigilance accrue. Foncs appelle à des politiques actives de l'emploi ciblées sur les groupes les plus vulnérables, combinant des programmes de ‘reskilling’ intensifs avec des incitations à l'embauche dans les nouveaux métiers liés à l'IA.