Choc pétrolier : la guerre en iran déclenche une crise historique
Le baromètre énergétique mondial s'est effondré hier, propulsé à des sommets jamais atteints depuis la première guerre du Golfe. L'escalade des tensions entre l'Iran et les États-Unis a engendré une flambée des prix du pétrole, menaçant de déstabiliser les économies mondiales et d'alimenter une inflation déjà galopante.

Le brent s'envole, le marché tremble
Le contrat à terme du Brent, référence mondiale, a explosé, dépassant les 50% de hausse pour atteindre 119 dollars le baril. Une envolée spectaculaire qui rappelle les sombres jours de 1990, lorsque l'invasion du Koweït par Saddam Hussein avait déjà provoqué une crise majeure. Mais cette fois, l'enjeu est plus vaste, la région plus instable.
Paradoxalement, le brut de l'Oural, issu de Russie, a enregistré une progression encore plus fulgurante, dépassant les 75%. La levée partielle de certaines sanctions contre Moscou, conjuguée à la sécurisation relative de ses routes d'exportation par rapport aux itinéraires du Moyen-Orient, a dopé la demande pour ce pétrole autrefois boudé. Une ironie amère pour les pays européens, désormais contraints de se tourner vers Moscou pour pallier la crise.
Le goulet d'étranglement du détroit d'Ormuz, point névralgique du commerce mondial des hydrocarbures, est désormais pratiquement bloqué. Entre 20% et 30% de la capacité d'exportation mondiale passe par ce corridor stratégique, et son interruption quasi totale a des conséquences immédiates sur les marchés. L'Europe, particulièrement dépendante du gaz naturel, est la première touchée. Les attaques croisées entre les États-Unis et l'Iran sur le plus vaste gisement de gaz du monde ont exacerbé la situation, plongeant le continent dans une incertitude énergétique sans précédent.
Les analystes de Julius Baer tirent la sonnette d'alarme : « Les risques pour l'économie mondiale se précisent chaque semaine. Les conditions de financement se durcissent, les rendements obligataires grimpent, et les anticipations sur les taux d'intérêt se modifient. Les États-Unis et l'Europe sont particulièrement vulnérables, mais la Chine et le Japon ne sont pas épargnés. » Le prix du gaz naturel aux Pays-Bas (TTF), référence européenne, a franchi la barre des 69 euros le mégawattheure, un bond de plus de 100% en quelques semaines. Si le lancement d'une terminal GNL par les États-Unis a permis d'atténuer légèrement la pression, la situation reste critique.
Wall Street a encaissé un coup dur, malgré un rebond en fin de mois. Le S&P 500, le Dow Jones et le Nasdaq ont clôturé le mois de mars en baisse d'environ 5%, leur pire performance depuis des mois. L'Ibex 35 espagnol n'a pas fait exception, enregistrant une perte cumulée de 7,7%, son plus mauvais mois depuis 2022. L'Espagne, comme l'Allemagne et l'Italie, est un importateur net majeur d'énergie fossile, et la flambée des prix menace sa croissance.
L'or, censé être le refuge ultime en période de crise, a lui aussi déçu, plongeant à un niveau historiquement bas. Sa chute spectaculaire, de 5 600 à 4 000 dollars en quelques semaines, est due à la force du dollar, devenu le véritable actif refuge. Les États-Unis, en tant qu'exportateur net d'énergie, sont mieux armés pour faire face à ce choc pétrolier. L'Euribor à 12 mois, indicateur des taux hypothécaires, a également connu une escalade verticale, reflétant les anticipations d'une inflation persistante.
L'heure est à la prudence et à l'adaptation. La crise énergétique est bien plus qu'une simple fluctuation des prix ; elle est le symptôme d'une fragilité géopolitique profonde, qui menace de redessiner l'ordre économique mondial. La volatilité des marchés financiers et l'incertitude quant à l'avenir des taux d'intérêt ne font qu'amplifier les risques. L'Europe doit se préparer à un hiver énergétique difficile et à une période de turbulences économiques prolongées.