Hacienda déploie pathfinder : l'ia à la chasse aux fraudeurs fiscaux
La Direction Générale des Impôts espagnole (AEAT) a franchi une étape décisive dans sa lutte contre la fraude fiscale. Elle a déployé Pathfinder, un logiciel d'intelligence artificielle capable d'analyser des volumes massifs de données sur les appareils numériques, une avancée qui suscite déjà des interrogations quant au respect de la vie privée.

Une technologie de pointe pour traquer les dissimulations
Pathfinder, acquis pour 326 000 euros en septembre 2023, est conçu pour analyser des millions d'ordinateurs et de téléphones portables liés à des dossiers administratifs ou judiciaires. Le logiciel, développé par la société Syvalue, est capable de trier et d'analyser des centaines de téraoctets de données, de photos et de conversations apparemment disparates. L'objectif ? Identifier les schémas de fraude et révéler les informations dissimulées.
Bernardo Olivares, professeur de droit à l'Université Complutense de Madrid, compare Pathfinder à un « explorateur », un « rastreador » capable de dénicher un chemin dans un terrain complexe. Mais cette analogie soulève des questions sur l'étendue des pouvoirs de surveillance conférés à l'administration fiscale.
Le logiciel ne se contente pas de rechercher des correspondances orthographiques. Il utilise des techniques avancées de Traitement du Langage Naturel (TLN) pour « lire » les communications avec une capacité d'abstraction presque humaine, capable d'interpréter le contexte des messages WhatsApp, d'identifier des entités et de regrouper des informations pour créer des étiquettes basées sur le risque fiscal. Il est même capable d'identifier des schémas visuels récurrents, tels que des voitures de luxe ou des biens immobiliers de grande valeur.
L'AEAT a déjà analysé les mouvements de plus de 30 000 personnes en 2024, une statistique qui illustre l'ampleur de la surveillance mise en place. Ce qui frappe, c'est la capacité de ce logiciel à automatiser une tâche autrefois réservée aux inspecteurs fiscaux, leur permettant de gagner un temps précieux.
Mais le risque est réel : l'IA, aussi performante soit-elle, est-elle capable de faire la part des choses entre une simple erreur et une tentative de fraude délibérée ? La transparence et le contrôle démocratique de ces outils de surveillance sont plus que jamais d'actualité.
Alors que les pouvoirs publics se tournent de plus en plus vers l'IA pour optimiser leurs opérations, il est impératif de définir des limites claires et de garantir que les droits fondamentaux des citoyens soient respectés. L'affaire Pathfinder est un signal d'alarme qui nous rappelle que la Technologie, aussi prometteuse soit-elle, peut aussi être utilisée pour des fins potentiellement abusives.