La génération z, plus pauvre que ses parents à la même âge
Le Manuel d'orientation du gouvernement espagnol clame : « L'Espagne avance comme un tir à batterie ». Au moins, en termes macroéconomiques. Le PIB grandit, l'emploi résiste et les exportations tiennent bon dans un contexte international incertain. Cependant, lorsqu'on descend au terrain des foyers, l'image perd brillance. L'évolution de la richesse familiale depuis la crise financière de 2008 jusqu'en 2024 dessine un cartogramme beaucoup plus déségalé, où la reprise n'a pas été ni homogène ni suffisante pour de larges couches de la population. Comparant l'image de ces deux années, on révèle en outre un changement de cycle dans le modèle d'accumulation patrimoniale des familles espagnoles. La propriété immobilière continue d'être le grand actif, mais son accès s'est rendu plus difficile, la rente réelle n'a pas progressé au même rythme que les prix et la concentration de la richesse s'est intensifiée.

Les jeunes, pièce maîtresse de la crise patrimoniale espagnole
Une étude de la Fundación Afi, analyant les finances des ménages espagnols entre 2000 et 2022, pièce jointe à la série historique de l'EFF, résume ce processus comme une « neigelette ». Ainsi, les foyers dont la tête de famille a moins de 35 ans ont passé de posséder un taux de propriété proche de 70 % au début du siècle à se situer autour de 36 %, tandis que le location a gagné en poids de manière continue.
Les jeunes, plus pauvres malgré leur salaire plus élevé, ont connu une perte de patrimoine beaucoup plus sévère que le reste de la population. L'EFF 2024 situe la richesse nette médiane des foyers dont la tête de famille a moins de 35 ans à 22 900 euros, contre les 81 700 euros de 2008, ce qui représente une chute de 72 % en seize ans. Ce recul ne s'explique pas par une baisse de la rémunération, mais par la combinaison de salaires qui avancent lentement, d'une inflation cumulée et d'un marché immobilier de plus en plus exigeant.