Mitsubishi : une ia pour stopper les conducteurs ivres, et sauver des vies
L'horreur d'un accident causé par l'alcool est une réalité persistante, même dans des pays réputés pour leur ordre et leur discipline. Au Japon, où le “nomikai” (soirées d'alcool avec les collègues) est une tradition, Mitsubishi Electric Corp. vient de dévoiler une solution radicale : une intelligence artificielle capable de détecter l’état d’ébriété d'un conducteur et de prendre le contrôle du véhicule.

Une technologie discrète, un impact majeur
Loin des systèmes complexes et coûteux, l'innovation de Mitsubishi repose sur une simplicité trompeuse. Une simple caméra, couplée aux capteurs du volant et au système de vitesse, suffit à alimenter cette IA, baptisée Système de Monitorisation de la Conduction (DMS). Deux années de tests et d'apprentissage intensif ont permis à l'IA de développer une précision remarquable, et Mitsubishi envisage déjà de la proposer à d'autres constructeurs automobiles, au-delà de son propre catalogue.
Les statistiques sont glaçantes : en 2025, le Japon a enregistré 125 décès liés à l'alcool au volant. Si ce chiffre peut paraître étonnamment bas comparé aux 12 000 morts aux États-Unis la même année (un pays avec une population presque quatre fois moindre), chaque vie perdue est une tragédie. L'alcool est, selon les mêmes sources, un facteur de mortalité sept fois supérieur à celui des conducteurs sobres. La volonté de réduire ces chiffres est donc une priorité nationale.
Le DMS a d'abord vu le jour en 2018, mais s'appuyait alors sur des algorithmes rudimentaires. La collaboration avec l'Université de Oakland, aux États-Unis, a marqué un tournant en 2024, avec l'entraînement de l'IA à partir de données de conduite issues de 100 individus aux profils variés – âge, sexe, origine ethnique, et différents degrés d'intoxication. L’objectif ? Minimiser les biais et garantir une détection fiable dans toutes les conditions.
Comment ça marche ? L'IA analyse en temps réel trois sources d'informations. La caméra scrute le visage du conducteur, détectant les rougeurs caractéristiques de l'alcoolémie et les variations de la fréquence cardiaque. Elle observe également les yeux, à la recherche de signes de fatigue, de perte de contrôle ou de mouvements anormaux. Enfin, les capteurs du véhicule surveillent le comportement de conduite – accélérations et freinages brusques, corrections de trajectoire involontaires. L'IA croise ces données pour déterminer si le conducteur est altéré et constitue une menace pour lui-même et pour les autres.
L'intervention du système varie en fonction du véhicule. Dans certains cas, une simple alarme sonore ou visuelle suffira à alerter le conducteur. Dans d'autres, le véhicule ralentira progressivement et se dirigera vers la zone de sécurité, jusqu'à un arrêt complet. Ce n'est pas seulement l'alcool qui est ciblé : le DMS peut également détecter la somnolence au volant, induite par la fatigue ou la prise de médicaments.
Au-delà de l'aspect technologique, cette innovation soulève des questions éthiques et juridiques. Jusqu'où doit aller l'intervention de l'IA ? Comment garantir la transparence et la protection des données personnelles ? Mais une chose est sûre : Mitsubishi Electric Corp. a misé sur une Technologie au service de la sécurité routière, et le résultat est, pour l'heure, prometteur.
La vigilance reste de mise. Une amende de 120 000 euros pour une vitesse de 59 km/h, payée sans rechigner par un conducteur avouant son erreur : l'aveu d'une culture encore trop indulgente face à l'alcool au volant. L'IA de Mitsubishi, bien qu'innovante, ne saurait remplacer une responsabilité individuelle et une culture de la sécurité routière.