Rust : linux pourrait enfin se débarrasser de ses failles
Greg Kroah-Hartman, figure de proue de Linux, ne mâche pas ses mots : Rust pourrait être la solution à un problème qui ronge le noyau depuis des années.

Une révolution en vue ?
Le second développeur le plus influent de Linux a récemment participé à la Rust Week à Utrecht, aux Pays-Bas, et a livré une analyse franche : Rust possède un potentiel immense pour éliminer les vulnérabilités qui gangrènent le système d’exploitation. Il est clair que la situation actuelle est insoutenable.
Selon Kroah-Hartman, ce langage de programmation, connu pour sa sécurité et sa gestion de la mémoire, pourrait réduire de près de 80% le nombre de CVE (Common Vulnerabilities and Exposures) présentes dans le cœur même de Linux. Une affirmation audacieuse, étayée par une connaissance approfondie du code source, puisqu’il a personnellement examiné chaque défaut de sécurité.
Il s’agit d’une perspective radicale, et elle vient d’un homme qui a passé des années à surveiller les failles de sécurité du noyau. En 2005, il a déjà examiné la sécurité du noyau Linux, et il entend maintenant, avec Rust, aller à l’origine du problème.
« Rust va sauver Linux », a-t-il affirmé, avec une conviction inébranlable. Un message clair, qui souligne l’urgence de cette transition. Le défi est immense, mais les enjeux sont bien plus importants.
Les développeurs de Linux ont travaillé sans relâche pour démontrer qu’il était possible d’obtenir un système pratiquement exempt de vulnérabilités. L’objectif est clair : ne pas transformer Linux en une version de Windows, constamment menacée par des attaques. Mais comment Rust peut-il concrètement y parvenir ?
Le système d'exploitation a réinvesti dans la documentation et l'analyse de ses API avec des règles de verrouillage et des corrections, grâce à un type de Rust appelé Untrusted, développé en collaboration avec Benno Lossin. Ce système bloque l'accès aux données via une étape de validation intermédiaire, avant de donner son feu vert. L'ensemble du code de validation est centralisé, ce qui facilite sa revue constante. Le résultat est une simplification radicale : une proportion importante des CVE qui atteignent la distribution via les mises à jour de sécurité ne seraient plus présentes.
Kroah-Hartman reste optimiste, mais insiste sur la nécessité d'affiner Rust pour le système d'exploitation open source. Il a plus de vingt ans d'expérience en programmation avec C, et il comprend parfaitement les défis qui se présentent. Il est important de noter que le noyau Linux peut désormais suivre les vulnérabilités CVE avec des menaces telles que la non-vérification des valeurs de retour d'erreur ou la rupture de l'authentification à deux facteurs. Rust est en mesure de résoudre ces problèmes.
Kroah-Hartman calcule qu'en corrigeant ces deux vulnérabilités, on résout environ 60% des erreurs du noyau. Mais le potentiel est bien plus important. La simplification du code, la sécurité accrues et la confiance dans le système sont autant d'avantages qui pourraient transformer l'avenir de Linux. Il s'agit d'un pari audacieux, mais les résultats pourraient être spectaculaires.
En fin de compte, il ne s’agit pas seulement de corriger des failles, mais de repenser la façon dont le logiciel est écrit, et Rust semble être le catalyseur idéal pour ce changement de paradigme. L’avenir de Linux, et peut-être celui de l’open source, pourrait bien dépendre de la capacité de ce langage à prouver son efficacité.