Silicon valley en crise : un ingénieur de légende regrette l'ère algorithmique

Le microprocesseur, omniprésent aujourd'hui – dans nos téléphones, nos voitures, nos appareils électroménagers – est le fruit d’une révolution technologique dont Federico Faggin, physicien et ingénieur italien, est l’un des architectes. Après plus de cinquante années passées aux États-Unis, cet homme, dont le nom est indissociable de l’Intel 4004, le premier microprocesseur commercial, s’installe définitivement à Vicenza, sa ville natale.

Un retour amère face à un modèle industriel défaillant

Selon l’expert, le Silicon Valley qu’il a connu, dans les années 70, était un terreau d’innovation fertile, un lieu où les “non” étaient souvent suivis de “pensons comment faire”. Aujourd’hui, il y voit un écosystème corrompu, où le logiciel est utilisé pour manipuler, et non pour servir l’utilisateur. Faggin dénonce un modèle industriel qui a sacrifié l’ingénierie matérielle au profit de l’influence algorithmique, transformant les entreprises technologiques en machines à influencer le comportement des citoyens.

La défense d’un libre arbitre numérique

La défense d’un libre arbitre numérique

La paternité de ce microprocesseur lui a été contestée, et sa femme, Elvia, a joué un rôle crucial dans sa défense. Mais l’ancien père du microchip ne se contente plus de se battre pour sa reconnaissance. Il se consacre désormais à la défense du libre arbitre, une préoccupation croissante face au développement de l’intelligence artificielle. Il s’inquiète particulièrement de la possibilité pour les IA d'influencer nos décisions et de renforcer le contrôle des entreprises et des gouvernements. Il est impliqué dans P49, un projet à Padoue visant à créer une IA au service de l’humain.

Son travail, qui a valu à Bill Gates de dire que « sans Faggin, le Silicon Valley n’aurait été qu’un simple vallon », est reconnu par la Médaille Nationale de Science, Technologie et Innovation américaine. Mais il est aussi convaincu que le prochain défi ne consistera pas à fabriquer des puces plus puissantes, mais à empêcher la technologie de décider à notre place. Il entend donc mettre ses compétences au service d'une nouvelle frontière : la protection de notre autonomie dans un monde de plus en plus numérique.