Telegram : la police numérique traque l'ombre du cybercrime
Madrid – La réglementation de Telegram en Espagne s'intensifie. Le gouvernement espagnol et Pavel Durov, fondateur de la plateforme, sont en confrontation directe. L'application, ultra-sécurisée, est devenue un terrain fertile pour les activités illicites.

Le géant du messagerie face à la montée de la criminalité
Durov avait déjà exprimé, début 2024, son inquiétude face aux mesures réglementaires, les qualifiant de « surveillance d'État ». Mais les problèmes persistent. En 2025, Telegram a été au cœur d'une explosion des escroqueries en Espagne, représentant 22% des délits financiers selon Revolut. L'outil de mesure de l'haine en ligne de l'administration espagnole, HODIO, s'intéresse également de près à ce phénomène.
La messagerie, bien que chiffrée, permet la création de marchés noirs, de groupes dissimulés et de comptes frauduleux. Une récente étude de Check Point Software révèle que, malgré une intensification des efforts de Telegram contre la cybercriminalité – avec des fermetures quotidiennes atteignant un record de 500 000 – 20% des canaux bloqués étaient liés à des opérations de carding, au commerce de données personnelles et à des services de hacking. La plateforme est plus résiliente que les autres.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 3 millions de liens d'invitation à Telegram ont été partagés dans des environnements clandestins au cours des trois derniers mois. Discord, quant à lui, n'en représente que 6%. Signal, SimpleX ou Matrix restent relégués à l'ombre. Le trafic vers Telegram ne diminue pas, malgré les efforts de modération.
Les équipes de gestion des expositions de Check Point Software ont observé une augmentation préoccupante de l'activité criminelle sur la plateforme. La capacité d'adaptation des cybercriminels dépasse de loin la réaction des plateformes. La migration vers d'autres services ne s'est pas produite, Telegram reste le centre névralgique de ces réseaux.
La vigilance des centres de opérations de sécurité (SOC) est plus que jamais requise. Ignorer l'activité criminelle sur Telegram c'est laisser des points faibles aux attaquants, et potentiellement, des victimes.
L'augmentation des frictions opérationnelles n'a pas suffi à éradiquer la présence des cybercriminels. Telegram continue de se montrer un terrain de jeu privilégié pour les activités illicites, malgré les efforts déployés pour contrôler ce flux.
La persistance du problème soulève une question : la sécurité numérique est-elle condamnée à une course sans fin avec les ingénieux stratagèmes des malfaiteurs?