Universal music : ackman lance une offensive à 65 milliards d'euros
Bill Ackman, l'investisseur américain connu pour ses paris audacieux, a mis la table pour une bataille potentiellement explosive. Sa société, Pershing Square Capital Management, a proposé un accord de fusion à Universal Music Group (UMG), la géante du disque qui chapeaute des artistes de la trempe de Taylor Swift, Drake et Sabrina Carpenter. L'enjeu ? Une valorisation colossale de 65 milliards de dollars, soit environ 30,40 euros par action, une prime de près de 80% sur le cours actuel.
Le plan d'ackman : une cotation à wall street et une restructuration financière
L'opération, qui implique la fusion d'UMG avec Pershing Square SPARC, une structure d'acquisition créée par Ackman, vise principalement à relocaliser la cotation d'UMG d'Amsterdam à New York. Ce transfert, qui entraînerait une réduction d'environ 17% du nombre d'actions en circulation, est présenté par Ackman comme un moyen d'optimiser la valorisation de l'entreprise et de la rendre plus attractive pour les investisseurs américains. Le financement de cette transformation est complexe : 2,5 milliards d'euros seraient apportés par Pershing Square, 5,4 milliards de dollars seraient empruntés, et UMG céderait une participation à Spotify pour 1,5 milliard de dollars, après impôts et indemnités versées aux artistes.
L'accord prévoit également la nomination de Michael Ovitz, ancien président de Walt Disney, à la présidence du conseil d'administration, aux côtés de deux représentants de Pershing Square. Une stratégie qui témoigne de l'ambition d'Ackman de remodeler profondément la direction et la stratégie d'UMG.

Le point de blocage : vincent bolloré et son influence décisive
Mais l'équation est loin d'être simple. Le feu vert de Vincent Bolloré, l'actionnaire majoritaire de Vivendi (qui détient 18% d'UMG), est absolument indispensable à la réussite de cette manœuvre. Bolloré, artisan de la scission et de l'introduction en bourse d'UMG à Amsterdam en 2021, pourrait être réticent à céder le contrôle de la société qu'il a lui-même façonnée. Son holding de médias, Vivendi, détient 10% des actions, et Tencent Holdings, un géant chinois, en contrôle environ 11%. Leur position est donc déterminante.
Selon certains analystes, comme Nicolas Marmurek de Square Global, l'offre d'Ackman pourrait être une stratégie pour exercer une pression sur Bolloré, lui soumettant une proposition irrécusable devant les autres actionnaires. La valeur de marché d'UMG avait déjà perdu 26% de sa valeur au cours des douze derniers mois, ce qui pourrait inciter Bolloré à reconsidérer sa position.
Ackman justifie cette offensive par une sous-évaluation du marché et une volatilité excessive des cours, arguant que ses propositions pourraient générer 15 milliards d'euros d'investissement sur cinq ans. Le marché a réagi positivement à l'annonce, avec une envolée de 13% du cours de l'action à Amsterdam, témoignant de l'appétit des investisseurs pour cette potentielle transformation. Reste à savoir si Vincent Bolloré sera prêt à céder son influence pour permettre à UMG de s'épanouir sur le sol américain.
L'avenir de la plus grande maison de disques du monde est donc suspendu à la décision d'un seul homme, et le monde de la musique retient son souffle.